Présidentielle 2026 : que promet Sassou aux femmes congolaises ?

À Owando, à l'occasion du 8 mars, le candidat-président Sassou a formulé une série d'engagements envers les femmes congolaises. L'Observatoire passe ces promesses au crible du bilan.

La Rédaction

3/10/20265 min read

À Owando, à l'occasion du 8 mars, le candidat-président a formulé une série d'engagements envers les femmes congolaises. L'Observatoire passe ces promesses au crible du bilan.

Le 8 mars 2026, à Owando, chef-lieu du département de la Cuvette, Denis Sassou Nguesso — désormais officiellement candidat à sa propre succession pour la présidentielle de 2026 — a tenu un méga-meeting avant d'échanger avec un groupe de femmes congolaises. L'occasion pour lui de décliner sa vision sur l'autonomisation féminine, le climat, l'infrastructure rurale et la parité politique. Quatre thèmes, quatre promesses. Quatre grilles d'évaluation possibles.

1. La loi Mouebara : un texte salué, une application encore partielle

C'est la référence centrale du discours présidentiel sur les droits des femmes. Promulguée le 4 mai 2022, la loi Mouebara (n°19-2022) est la première loi congolaise à définir explicitement la discrimination à l'égard des femmes et à sanctionner pénalement toutes les formes de violence — physique, psychologique, sexuelle, économique, y compris le harcèlement au travail. Une innovation saluée par le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) de l'ONU lors de son examen de la République du Congo en février 2025.

La délégation congolaise a elle-même mis en avant que « la loi Mouebara transforme toutes les violences en peines, ce qui est une première en Afrique francophone ». Plusieurs cas de violences ont effectivement été portés devant les tribunaux en 2024, et plus de mille magistrats ont été formés à l'application de la loi.

Mais le même examen onusien a relevé des insuffisances importantes. Les expertes du CEDAW ont pointé la lenteur des progrès sur le terrain, la persistance d'une discrimination structurelle, et l'absence de statistiques annuelles pourtant exigées par la loi elle-même. Le Centre Mwebara d'accueil des victimes, institué par la loi n°1-2023, n'a toujours pas ouvert ses portes à Brazzaville, le gouvernement sollicitant un appui international pour sa construction.

En campagne, Sassou Nguesso a invité les femmes à « s'approprier la loi Mouebara » — une formulation qui transfère la responsabilité vers les citoyennes plutôt que d'engager des mesures institutionnelles nouvelles.

2. Parité politique : 16 % au Parlement, une promesse de progrès graduels

Sur les "grands postes" réclamés par les femmes présentes à Owando, le candidat a promis de "continuer à soutenir les femmes" au prochain mandat, citant des exemples de nominations féminines dans son bilan. La réalité statistique est plus nuancée.

Selon les chiffres communiqués par la délégation congolaise au CEDAW en 2025, les femmes représentent 16 % des parlementaires congolais à l'heure actuelle — en dessous de la moyenne de l'Afrique subsaharienne qui atteint 27 %. La Constitution de 2015 garantit la parité de manière progressive, et une loi impose 30 % de femmes sur les listes électorales sous peine de sanctions pour les partis contrevenants. Des progrès existent — chaque législature compte davantage de femmes selon le gouvernement — mais le rythme est jugé insuffisant.

La sous-représentation est particulièrement marquée dans les postes diplomatiques et les hautes fonctions exécutives, un point relevé expressément par les expertes de l'ONU. Au niveau local, les femmes élues à la tête de conseils départementaux restent une minorité.

Représentation féminine au Congo — repères chiffrés

3. Infrastructure rurale et eau potable : des engagements adossés au PND 2022-2026

Les femmes présentes à Owando ont mis sur la table les problèmes concrets de l'arrière-pays : état des routes pour l'acheminement des marchandises, accès à l'eau potable, centres de santé maternelle. Le candidat a répondu que des politiques de réforme sont en cours, que des forages sont entrepris et que les partenaires extérieurs seront sollicités.

Ces engagements s'inscrivent formellement dans le Plan national de développement (PND) 2022-2026, dont la mise en œuvre est officiellement présentée comme en cours par le gouvernement. La question centrale pour les électrices de la Cuvette est celle du calendrier réel : les délais annoncés seront-ils tenus avant l'élection de 2026, ou s'agit-il de projections renvoyées à un prochain mandat ?

Sur l'électricité, Denis Sassou Nguesso a lui-même reconnu en juillet 2024 dans Jeune Afrique que « le développement des infrastructures de transport et de distribution d'électricité n'a pas suivi la hausse de la demande », tout en affirmant sa volonté de voir ce chantier aboutir « au terme de son quinquennat, en 2026 ». La réforme de la Société nationale d'électricité, transformée en société anonyme, est engagée.

4. Climat et reboisement : un territoire rhétorique bien rodé

L'appel aux femmes à « se mobiliser pour la cause climatique » et à participer au reboisement des collines dégradées des grandes villes est cohérent avec la posture internationale de Denis Sassou Nguesso, président de la Commission Climat du bassin du Congo. Le Programme national d'afforestation et de reboisement (PRONAR) vise 1 million d'hectares reboisés sur dix ans. Une loi impose à chaque Congolais de planter un arbre le 6 novembre, Journée nationale de l'arbre.

Ce discours est rodé depuis plusieurs années. Il sert aussi bien la campagne présidentielle que les positionnements diplomatiques du Congo sur les marchés carbone et dans les négociations climatiques internationales. L'articulation spécifique entre mobilisation des femmes et reboisement est en revanche peu documentée en termes de dispositifs concrets — formations, financement, mécanismes de rémunération pour les femmes impliquées dans des activités de reforestation.

Ce qu'il faut retenir

Le meeting d'Owando du 8 mars 2026 s'inscrit dans une dynamique de campagne où Denis Sassou Nguesso cherche à consolider l'électorat féminin — plus de la moitié du corps électoral congolais. Son discours combine des avancées législatives réelles (loi Mouebara, Constitution de 2015, PND) avec des promesses de continuation plutôt que de rupture.

Trois observations s'imposent à l'analyse :

  • La loi Mouebara est une avancée normative significative, reconnue à l'international. Mais son application reste incomplète : le Centre Mwebara n'est pas opérationnel, les statistiques d'application manquent, et le fossé entre le texte et la réalité de terrain est documenté par l'ONU elle-même.

  • La parité progresse lentement. À 16 % de femmes au Parlement, le Congo reste en deçà de la moyenne subsaharienne. Les promesses de nominations futures au prochain mandat ne s'accompagnent d'aucun objectif chiffré ni de mécanisme contraignant nouveau.

  • Les thèmes de l'infrastructure rurale et du climat sont des lignes de continuité du programme en cours plutôt que des engagements inédits. Leur crédibilité dépend du bilan d'exécution du PND 2022-2026, dont le bilan final n'est pas encore disponible.

L'enjeu pour les électrices congolaises est de distinguer ce qui relève du bilan à valider, de ce qui constitue une promesse nouvelle. Un exercice que l'Observatoire continuera d'accompagner d'ici au scrutin de 2026.

Sources et références

• CEDAW / OHCHR — Examen du Congo, février 2025

• ONU Femmes — Stratégie nationale de lutte contre les VBG

• Banque mondiale — Women, Business and the Law 2023, Congo score : 58,1/100

• Jeune Afrique n°3140, sept. 2024 — Interview Denis Sassou Nguesso (électricité, quinquennat 2026)

• UIP Parline — données de représentation féminine dans les parlements

• Transcription vidéo — Meeting d'Owando, 8 mars 2026 (source : Facebook officiel)